E.Munoz et C.Toledo
samedi 7 novembre 2009
Conférence nationale du PST du 28 novembre 2009
(Remarques au document du Comité directeur)
1. Introduction
La dégradation organisationnelle et politique du Parti Suisse du Travail est allée si loin que la discussion principale en son sein porte sur des concepts de base, sans lesquels notre existence et action politique n’ont aucun sens. Avant de nous mettre d’accord sur notre idéologie, sur notre programme et ligne politique, nous devons savoir ce que nous entendons par ces termes. Force est de constater que de la base militante à la direction nationale, les notions ne sont pas suffisamment bien définies pour engager un débat aussi constructif et aussi participatif que le réclame le document du CD. Les commentaires suivants ne cherchent évidemment pas l’exhaustivité et ne prétende pas être une analyse complète.
Le Comité directeur a fait un effort appréciable pour proposer une analyse critique et énoncer quelques propositions. Le document du CD mérite donc des réponses franches et raisonnées. Les remarques suivantes visent donc à identifier les principales difficultés et obstacles qui empêchent le PST de définir, d’adopter et d’appliquer une ligne politique communiste. Bien entendu, l’argumentaire ne vise ni à remplacer le document du CD ni à substituer le débat interne. Le but est d’alimenter l’analyse et de susciter la réflexion dans un cadre constructif.
2. Le PST a-t-il une ligne politique ?
La société se transforme indépendamment de notre action ou immobilisme en tant que parti. La lutte des classes est le facteur du changement dans les sociétés humaines. La transformation socialiste de la société n’est pas une ligne politique, c’est une nécessité que les communistes comprennent grâce à l’étude du matérialisme historique (analyse marxiste de l’Histoire) et un objectif qui se réalise avec l’application de lignes politiques (révolutionnaires) qui développe la lutte des classes.
La référence aux statuts, pour définir la ligne politique, est nécessaire mais insuffisante. Une ligne politique qui existe est une ligne politique qui s’applique jour après jour et qui se modifie selon la pratique et la situation économique et sociale. Une ligne politique affaiblie serait une ligne politique que les dirigeants et les militants (intérieur du parti) essaient d’appliquer mais qui, par exemple, ne mobilise pas les masses (l’extérieur du parti). Le CD signale justement à ce propos :
« L’autonomie laissée au niveau cantonal a permis le développement dans le Parti de lignes politiques très disparates. Nous avons perdu la capacité de synthèse des expériences diverses pour développer une ligne commune, nous avons perdu la capacité de nous confronter de manière constructive. » (page 3)
Après cela, on ne peut pas prétendre qu’à l’heure actuelle il existe une ligne politique. Il faut reconnaître jusqu’au bout la réalité du parti, sans quoi nous ne pourrons pas avancer. En effet :
« Il y a depuis plusieurs années, une perte de vue de ce que le Parti veut être, de ses objectifs et par conséquent du sens de sa lutte. » (page 1)
3. Quelques contradictions dans l’analyse critique
Bon nombre de critiques dans le document du CD sont correctes, mais quelques contradictions subsistent, probablement pour les adoucir. D’abord :
« Il y a eu une dérive parlementariste » tournée « quasi exclusivement sur la lutte pour la conquête des sièges dans les institutions bourgeoises, sans plus accompagner à cette lutte un discours et surtout une pratique pour la transformation socialiste de la société. » (page 3)
Cette situation est encore une réalité. Il y a au moins deux raisons à cela : les dirigeants ont accompagné cette dérive sans volonté de transformer la société ; les militants, à défaut d’une autre pratique, l’ont approuvée sans grande conviction. Et pourtant le document du CD nous explique plus loin que :
« La position qui a toujours été celle de notre Parti, est d’aspirer à l’instauration d’un système socialiste, fondé sur des bases complètement nouvelles. » (page 5)
Ces dernières années, lorsque le PST avait une ligne politique, elle était tout simplement réformiste. Elle était pour une transformation socialiste dans les paroles et pour une simple amélioration du capitalisme dans les faits. Il est d’ailleurs regrettable que les statuts aient relégué le dépassement du capitalisme et le développement socialiste de la société suisse en troisième position de ses objectifs après l’égalité entre les sexes et la défense des droits démocratiques.
4. Pourquoi autant de confusion au PST ?
Le CD veut arbitrer la lutte entre deux positions politiques qui s’expriment au sein du PST. Il met subtilement la responsabilité de la désorientation idéologique sur le compte tant du courant marxiste que sur celui du courant liquidateur :
« Les propositions de changement de nom en Parti Communiste Suisse et de dissolution du Parti pour fonder le Parti de la vraie gauche ont alimenté la confusion sur le rôle que le Parti doit jouer dans la société suisse. » (page 1)
Au contraire, ces deux différentes propositions donnent un choix clair aux militants : un parti communiste ou un parti de gauche. La dynamique depuis 1991 a clarifié échéance après échéance la volonté de se défaire de tout ce qui représente un contenu révolutionnaire du PST. Le processus qui va de l’Alliance de gauche au parti de gauche, en passant par gauche en mouvement ou à gauche toute a permis aux militants et aux dirigeants d’identifier « les tentatives de liquidation ».
Ceux qui ont refusé ou été critiques envers ces alliances douteuses n’ont pas réussi à s’opposer au niveau national avec un projet d’orientation révolutionnaire. Par contre, les propositions de changement de nom en PCS et de non-adhésion à l’Union européenne ont le mérite de peser dans la discussion sur la ligne politique et d’avoir une crédibilité, en tant que projets bien définis, avec des frontières claires. Ce n’est pas l’habituelle « ni oui ni non », le « oui mais » ou le dernier en date à la stupeur des militants, le « non mais » !
« Ainsi, comme nous l’avons déjà dit, selon le Comité directeur, pour renforcer le Parti, il est nécessaire de redevenir un parti qui fonctionne selon les principes d’un parti communiste. » (page 4).
Le CD adhère au courant qui veut reprendre les principes fondateurs communistes du PST, comme ceux qui proposent le changement de nom du PST en PCS. C’est-à-dire que paradoxalement il contribue, selon sa propre thèse, à la désorientation du PST !
En revanche ce qui crée la confusion, c’est que certaines propositions d’alliances (mis à part les propositions de fusion ou de création d’un autre parti) et la position de changement de nom en PCS ne peuvent pas être jugées avec les mêmes critères. C’est-à-dire que l’un concerne la stratégie et la tactique et l’autre concerne l’idéologie et l’organisation du PST. Ce n’est pas parce que l’on adhère à la proposition communiste que l’on refuse toute alliance avec la social-démocratie ou avec les gauchistes. C’est pour cela que le projet communiste doit gagner en clarté en devenant une position plus globale qu’un simple changement de nom.
5. Le climat interne et l’incapacité à débattre dans les instances
« La faiblesse de la ligne politique est aujourd’hui un grave problème, qui cause une incapacité à approfondir les débats sur des sujets politiques de fond mais aussi sur des thèmes très concrets. » (page1)
Ce constat est confus, les causes et les conséquences ne sont pas bien identifiées. C’est d’abord une incapacité ou une négation à approfondir les débats qui empêche le développement du PST avec une idéologie, un programme et une ligne.
Le débat interne est presque inexistant car tous les dirigeants et militants ne sont pas disposés à dialoguer. Malgré les différents adjectifs lancés par-ci par-là, les communistes assument leurs positions et le décrivent dans des résolutions et articles accessibles à tous les militants du PST. Mais ceux qui recherchent prétendument la nouveauté n’emploient que le boycott et l’insulte enrobés de mesures de diversion. On pratique la double appartenance, on refuse de participer aux instances du PST, on empêche les communistes de s’exprimer dans la presse du parti, on accuse de sectarisme, de dogmatisme ou de perversité sans aucune argumentation, avec des préjugés d’un autre âge et d’un autre camp.
C’est en accusant les communistes de stalinisme et d’autoritarisme que le courant liquidateur social-démocrate accapare l’attention des militants du parti et des travailleurs. Ils souhaitent faire passer leurs idées comme novatrices, modernes et neuves alors que c’est un prétexte pour renier les principes marxistes et léninistes. Le mal est plus grave encore quand ils répandent les mêmes thèses que les fascistes et la réaction anti-communiste en assimilant communisme = nazisme. A cet égard, le courant liquidateur s’inspire souvent des écrits théoriques du mouvement trotskiste qui sont nombreux et qui ont pu être diffusés par les services secrets étasuniens pour affaiblir les pays socialistes et le mouvement ouvrier. C’est- à-dire que le courant liquidateur social-démocrate est opportuniste et qu’il détourne les thèses de divers courants idéologiques, jusqu’à celles de Marx, pour les interpréter selon ses intérêts propres.
Il ne s’agit pas simplement d’un poids sur la conscience, il s’agit d’une incapacité à analyser le mouvement communiste du siècle passé. En général, les membres ne comprennent pas l’ampleur des acquis sociaux réalisés grâce au bloc socialiste et aux mouvements révolutionnaires. Les membres du PST ne comprennent pas non plus les différentes étapes de dégénérescence de l’URSS qui ont conduit à sa chute et au rétablissement du capitalisme. S’il suffisait qu’un régime politique et économique soit répressif et provoque des victimes innocentes, le capitalisme serait déjà mort et enterré. La réalité est plus compliquée que cela, jeter à la poubelle toutes les expériences socialistes nous empêchera de rénover le PST.
De la part des communistes, il n’y a pas de mélancolie, mais une volonté de comprendre pourquoi la première aventure socialiste a échoué et développer à nouveau une identité communiste internationaliste. Il ne suffit pas de déclarer que « nous sommes à la sortie de la crise » pour comprendre enfin ce que nous sommes et ce que nous voulons. Chaque chose en son temps. Ne brûlons pas les étapes.
Avant même que le socialisme ne s’applique en URSS, les débats du mouvement ouvrier opposaient des révolutionnaires et des réformistes. Avant même Staline, il y avait des désaccords entre les marxistes et les anarchistes, entre les bolcheviks et les mencheviks, qui sont singulièrement semblables aux débats que nous avons aujourd’hui.
Par ailleurs, le texte du CD du PST oublie de préciser que les principes marxiste et léniniste sont sans cesse attaqués et remis en cause par une catégorie de militants dont le choix est incertain quant à l’avenir du PST. Pourtant, certains d’entre eux se sentent communistes sans pouvoir définir ce que doit être un parti communiste contemporain. Le point commun qui les réunit est la peur du « stalinisme » et ils rejettent toute référence à Staline. Dans ces conditions, il est difficile d’avoir avec eux une analyse critique du socialisme en URSS car le jugement tombe comme un couperet « c’est un stalinien ». Le débat est alors tronqué, censuré ou clos. Ce qui indique que ces camarades associent le marxisme-léninisme à Staline et Staline aux goulags. Cette position droitière extrêmement grave peut conduire à l’anti-communisme et elle est utilisée comme stratégie pour isoler le courant marxiste afin que ses positions soient minoritaires et disqualifiées à l’intérieur de notre organisation. Elle a même conduit à pousser des camarades à s’exclure eux-mêmes, faute d’être exclu par décision administrative.
6. La synthèse et l’unification politique du PST
Le document du CD laisse quelques ambiguïtés au sujet de la synthèse des différentes opinions. Au sujet de la ligne politique :
« Chaque membre du Parti doit la connaître et s’y retrouver. […] Elle doit être le fruit de la synthèse entre les opinions de tous. Il ne s’agit pas pour nous d’accepter chaque position individuelle, mais de conjuguer chaque position individuelle pour construire, par un processus dialectique de synthèse, une position collective, mais unique. » (page 2)
Est-ce que la direction veut réconcilier deux positions antagonistes ? Le tabou doit être complètement levé. Une synthèse entre la liquidation et le développement du PST est tout bonnement impossible !
Les principes marxistes et léninistes sont en contradiction avec la posture droitière défendue par des camarades qui proposent de dissoudre le parti soit par des fusions avec d’autres organisations, soit par la dissolution pour créer un nouveau parti comme par exemple « Die Linke ». Même si le texte du CD le mentionne :
« Il ne s’agit pas de créer un idéal métaphysique comme pourrait être le futur parti de « La Gauche », vide de signification théorique tant pour les analyses de la société que pour le fonctionnement du Parti… » (page 4)
Le CD du PST omet de définir clairement le courant oeuvrant pour la liquidation du parti et les stratégies qu’il emploie pour désorienter le parti. Les hésitations concernant le journal Gauchebdo ou la création de « La Gauche » ou bien le recul sur la décision prise au XIXe Congrès sur la non-adhésion à l’Union européenne en sont les manifestations les plus évidentes.
« Il faut absolument éviter que cette discussion soit menée exclusivement entre camarades aux postes de responsabilité dans le Parti. » (page 1)
Y’a-t-il eu au Comité Central, une seule fois, où les camarades aux postes à responsabilités ont discuté les sujets abordés dans le document du CD ? Pour éviter d’aborder exclusivement cette discussion, nous avons éviter tout court la discussion.
Tous les membres doivent discuter de la ligne politique du parti et la définir, mais ces mêmes membres ne délèguent-ils pas cette tâche pendant deux ans au Comité central et au Comité directeur ? Est-ce que pendant deux ans les camarades aux postes à responsabilités doivent s’occuper uniquement de tâches administratives à défaut de pouvoir appliquer une ligne politique inexistante ? La perte de confiance envers les instances dirigeantes ne vient- elle pas du fait que les instances dirigeantes sont incapables de se mettre d’accord pour présenter un projet unique aux membres et militants du PST ? Ou que lorsque des décisions sont prises, elles n’engagent que ceux qui y croient ?
L’unification politique du PST dépend aussi de la prise de décisions énergiques, surtout lorsqu’elles s’appuient sur des majorités évidentes. Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là.
7. Le concept de « parti d’inspiration communiste » et les tendances au PST
La conception d’ « un parti d’inspiration communiste » est mentionnée à multiples reprises dans le texte du CD du PST. Cependant le terme « d’inspiration communiste » reste flou. La question identitaire reste équivoque et confuse alors que les arguments avancés par le CD du PST tendent à vouloir éclaircir la ligne politique et les principes fondamentaux du PST. Mais y parvient-il ?
D’abord, le texte du CD du PST nous demande d`analyser et éventuellement de nous mettre d’accord sur « le concept de parti communiste » (page 4). Ensuite, il semble que nous devrions nous inspirer de la définition obtenue après les débats pour en arriver au concept « de parti d’inspiration communiste ». Ces deux propositions « parti communiste » et « parti d’inspiration communiste » sont-elles identiques pour le CD du PST ? Ne recouvrent-elles pas une réalité identitaire différente ?
Cela veut-il dire que puisque le PST se définissant déjà comme un parti d’inspiration communiste, tel que présenté ici « Ces positions seront inspirées, en premier lieu de l’histoire du PST, c’est-à-dire d’un parti qui pendant longtemps s’est inspiré des principes du marxisme et du léninisme appliqués à la réalité suisse » (page 1), la direction du PST ne compte pas réellement changer cette situation mais plutôt faire un rappel historique de ses principes de fondation d’inspiration marxiste et léniniste ?
Le terme « inspiration » n’a-t-il pas lui aussi contribuer à cette perte d’identité et ne couvre- t-il pas simplement le fait d’accepter et d’encourager les tendances à l’intérieur du PST et des sections elles-mêmes ? Encourager les tendances a comme conséquence d’affaiblir la ligne idéologique marxiste mais plus grave encore elle s’accompagne d’un affaiblissement de la lutte de défense des travailleurs sur le terrain national et international. En effet comment se concentrer sur le travail de fond avec la population, les travailleurs, les exclus, les discriminés si la lutte se déplace essentiellement sur le terrain idéologique à l’intérieur même du parti ?
Le CD tend à adopter la position communiste parce qu’une majorité de militants est attachée aux valeurs communistes, même s’il subsiste encore quelques doutes. Mais, la proposition du concept « parti d’inspiration communiste » laisse la porte ouverte à toute interprétation. N’avons-nous pas déjà vu dans le mouvement ouvrier des « révisionnistes » qui réinterprète le marxisme à leur sauce et qui prétende s’en inspirer ? N’y a-t-il pas chez les révisionnistes du marxisme et du léninisme une forte proportion de liquidateurs ? Tous ceux qui ont révisé le marxisme, qui ont proposé de le « rénover » (toutes les propositions de nouvelles formes de lutte politique, comme l’indique le CD), se sont « inspirés » du communisme pour le détourner. Après des années d’affaiblissement idéologique et organisationnel dû aux thèses révisionnistes « d’inspiration communiste », un courant liquidateur social-démocrate s’est formé et se développe à l’intérieur du PST. Maintenir le concept vague « de parti d’inspiration communiste » ne va pas dans le sens de renforcer le PST avec des principes marxistes et léninistes, mais au contraire compromet les bonnes résolutions du CD.
8. Le rapport entre la crise interne et la crise vis-à-vis de l’extérieur
Le PST vit une crise interne qui se manifeste par une querelle pour son existence ou sa disparition. Le rapport avec l’extérieur est aussi conflictuel.
« La force d’un mouvement politique se constate dans sa capacité à faire passer les idées qui lui sont propres à l’intérieur de la société. Pour des communistes ou en tout cas des militants de la transformation sociale, il est absolument faux de croire que la force politique d’une organisation se mesure avec les résultats électoraux ou le nombre d’adhérents. » (page 1)
La résolution de la crise interne et de la crise « externe » ne peuvent pas se faire en même temps. Evidemment, sans abandonner le travail avec la population, l’accent doit être mis sur l’harmonisation du fonctionnement interne du PST. Ceci dans un temps et un espace donné. Donc pas de félicitations et d’autosatisfaction tant qu’on n’aperçoit pas des résultats.
Tout parti communiste a son organe de presse. Cet élément est décisif car il fait un pont entre la résolution de la crise à l’intérieur et la résolution de la crise vis-à-vis l’extérieur. Comment qualifier une situation où la crise interne est partiellement résolue et un organe de presse qui persiste dans l’erreur et ne traduit pas réellement les changements ? Quelle serait la crédibilité d’une telle organisation ?
« Nous devons souligner l’importance de nos journaux et de nos sites Internet qui doivent être soutenus et développés. » (page 7)
Pour être conséquent avec les principes énumérés précédemment non seulement par ce document mais aussi par ceux du CD, il ne serait pas inutile de compléter que les journaux et les sites Internet doivent être « soutenus, développés » et surtout dirigés.
Ce n’est une surprise pour personne que dans la dynamique de Gauchebdo, la ligne rédactionnelle de cet hebdomadaire tend à vouloir remplacer une éventuelle ligne politique du PST. Par exemple, la section genevoise traitée de sectaire, ne peut pas librement opiner dans les colonnes de Gauchebdo. Si une position jugée contraire aux principes de Gauchebdo réussit tout de même à passer le cap, un autre article prenant souvent le double ou le triple d’espace contredit ladite position.
Sur les questions de l’Union européenne ou de la création de « La Gauche », l’avis et l’opinion de personnalités non-membres du PST sont surreprésentés et les positions du PST ou de ses sections sont souvent tournés en dérision. Il y a en premier lieu un déni de démocratie et finalement un déni tout court du PST. Pour renverser ce non-sens, c’est aux journaux et aux sites Internet de soutenir et développer les activités du parti selon les choix et décisions de ses instances.
9. La crainte de défendre un projet communiste
« Ainsi, nous considérons que le renforcement (du parti) doit passer par la construction d’un parti d’inspiration communiste dans notre pays, sans que cela ne choque personne. » (page 3)
Sans choquer qui ? A qui s’adresse cette dernière partie de la phrase « sans que cela ne choque personne » ? A nous les communistes qui militons au sein du PST ? Probablement pas. Cette fin de phrase cible-t-elle les membres et les militants du PST non communistes ? Ou le peuple suisse ? Un parti communiste est obligatoirement un choc pour la bourgeoisie qui détient le pouvoir du Capital entre ses mains et ne veut pas le perdre. Quant à l’opinion publique, elle est malléable et réceptive, après des années intensives de désinformation et de propagande anti-communiste, à rejeter le communisme.
Par ailleurs, s’il n’y a pas de « choc », c’est que le parti communiste en question ne représente aucun danger potentiel ni comme parti d’opposition, ni comme parti menant la confrontation idéologique et encore moins comme force capable de renverser un jour l’ordre établi. C’est alors la tâche du parti communiste de comprendre pourquoi cela a pu se produire, en analysant les causes internes et externes à la vie organique dudit parti. Cette tâche d’autocritique est salutaire si elle remplit les conditions de l’analyse scientifique comme le souligne le document du CD du PST et laisse de côté les critères aléatoires de la peur et des préjugés.
« Il faudra que l’analyse et les propositions qui sont présentées soient étudiées de manière précise en s’appuyant sur des constations objectives et non sur des sensations émotionnelles » (page 2).
Face à l’offensive de la droite et de l’extrême droite, face à l’aliénation idéologique des masses, face à l’échec électoral de plus en plus constaté du parti et à sa quasi disparition des parlements, les propositions se sont multipliés pour transformer le PST en une organisation plus acceptable aux yeux de la population suisse. Le CD du PST décrit l’état actuel du parti de la manière suivante :
« Malheureusement, si nous pensons à l’influence que notre parti exerce sur la conscience des clases populaires suisses, nous ne pouvons que constater qu’elle est peu importante. Les classes populaires, bien que dans certaines régions votent encore de manière importante pour nous, souvent elles ne sont pas conscientes de ce que nous voulons sur le long terme ». (page 1)
La question s’est posée aux membres du PST ces dernières années et se pose encore aujourd’hui. La conscientisation des masses se mesure-t-elle par le nombre de suffrage récolté par le parti ? Se fait-elle en renforçant le courant parlementariste et sociale- démocrate ? En effet, cette voie purement parlementaire s’est accompagnée de la social démocratisation du PST pour le conduire à se débarrasser des concepts marxistes et léninistes comme fondement idéologique du parti dans le but de ne plus « choquer » les électeurs. Renoncer à la culture communiste, c’est abdiquer devant le Capital. C’est laisser le champ libre à la bourgeoisie de mener sa guerre idéologique contre les masses. C’est abandonner le sort des travailleurs à l’omnipotence des capitalistes et de l’Etat bourgeois alors que la crise de surproduction démontre le déclin et le pourrissement du capitalisme.
Les communistes savent que ce système moribond ne tiendra pas indéfiniment et veulent contribuer à son affaiblissement puis à sa destruction en soutenant les luttes du mouvement ouvrier contre l’exploitation. C’est parce que le parti communiste, comme le démontre son histoire, soutient les luttes de libération populaire et qu’il a joué un rôle de dirigeant dans les combats des travailleurs pour améliorer leurs conditions de travail et de vie que la bourgeoisie est « choquée » par le communisme.
Ce que craint le plus la bourgeoisie ce sont les révolutions et en particulier la révolution bolchevique, le soulèvement des masses, les grèves des travailleurs surtout si elles se généralisent aux secteurs les plus importants de l’économie nationale, les manifestations pour plus du justice sociale et les révoltes contre l’exclusion. Les combats des travailleurs organisés ont abouti à la défaite de projets de grande envergure économique et militaire imposés par les gouvernants comme par exemple les victoires menées contre le colonialisme, le nazisme hier ou plus récemment contre les projets néocolonialistes comme les Traités de Libre Commerce et l’ALCA.
10. Conclusion : dans quel étape est le PST ?
Il y a des remarques supplémentaires à faire pour clarifier quelques autres sujets abordées dans le document du CD, comme la métaphysique, la lutte de classes et le conflit social, la nature ou la morale révolutionnaire, l’utilité des syndicats, l’autonomie des sections, le jeux des alliances. Ces points seront sans doute analysés et revus par la Commission du programme politique de 2010.
Il y a beaucoup d’enthousiasme dans le document du CD, mais toutes les propositions ne peuvent pas s’appliquer en même temps. Les cadres et les militants doivent définir les étapes pour atteindre notre but (le socialisme) et surtout l’étape dans laquelle nous sommes actuellement. La définition de l’étape présente va nous aider à réorganiser le parti et à définir la ligne politique.
Comme dit précédemment, la ligne politique n’est pas un ensemble d’idées fondamentales, c’est plus précisément un objectif (créer un parti révolutionnaire, conscientiser les masses, devenir un parti de masse, préparer les conditions sociales et psychologiques nécessaires à la révolution, prendre le pouvoir, construire le socialisme). Toutes les activités du parti doivent suivre la ligne politique et visent à réaliser cet objectif.
L’analyse du document du CD montre bien le grave état du PST. Dans l’essentiel, les critiques sur ce document poursuive le but de faire une critique plus profonde et sans détour de la situation du PST. Nous sommes dans une période charnière qui s’achèvera quand le PST décidera de se dissoudre ou de reconstituer un parti communiste et révolutionnaire. Pour répondre à la crise du PST, la ligne politique peut s’axer sur le développement d’un parti révolutionnaire. A partir de cette ligne et des forces réelles du PST, les instances pourraient prendre les décisions suivantes : constituer une équipe dirigeante dont la cohésion doit être à toute épreuve, rétablir le centralisme démocratique, un journal qui va organiser la base de ce parti, la présence dans les syndicats pour attirer les travailleurs les plus radicaux, la participation aux élections pour avoir accès à une propagande large, construire le parti dans les lieux de luttes des travailleurs, etc.
Finalement, les conclusions qui ressortiront des débats de la Conférence nationale doivent être plus précises sur les notions employées, moins conciliantes sur l’analyse du PST, moins générales sur la définition de l’idéologie marxiste et sur les principes d’organisation communiste et apporter plus de solutions concrètes.
Signataires : Genève, octobre 2009
Cecilia Toledo
Esteban Munoz
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